Les crises, les épreuves dans la vie de l’homme peuvent être symbolisées comme des confrontations avec le dragon.

Nous expliciterons notre mise en scène des six archétypes face au dragon : l’Innocent, l’Orphelin, le Martyr, le Vagabond, le Guerrier, le Magicien.

DRAGONS, GARDIENS DU SEUIL : COMMENT SE POSITIONNER ?              Marc Scialom

I- La symbolique du combat entre le chevalier et le dragon

En référence à la psychanalyse jungienne, un dragon est une épreuve de la vie objective qui renvoie à la véritable épreuve qui est intérieure, une invitation à mourir pour renaître et accéder à une vie, une conscience, une sagesse plus grande.

Ainsi, lorsque Saint Georges terrasse le dragon et qu’il enfonce sa lance dans le dragon, c’est l’esprit qui pénètre profondément dans le mystère de la croix fixe, qui intégrant les quatre éléments en tire l’illumination.

Les dragons sont des gardiens du seuil, miroirs de notre propre ombre, ils nous invitent à la confrontation, à la vérité avec nous-mêmes.

L’esprit non illuminé est confronté au dragon, réservoir des représentations de nos expériences de vie dont nous n’avons pas encore tiré les leçons.

Toute expérience de vie difficile non bouclée crée une sous-personnalité dans le subconscient et attire des situations qui vont mettre sur le théâtre de notre vie cette sous-personnalité, soit sur le principe du syndrome de répétition soit sur le principe des attitudes d’évitement ou de compensation.

Ces expériences de vie servent à objectiver le dragon qui est en nous-mêmes et vont amener leur lot d’insatisfaction, de souffrance jusqu’à ce que la lance du discernement ose percer, et tirer la leçon de vie des expériences qui se répètent.

Ainsi, Corinne a souffert de mauvais traitements physiques et moraux de la part de son père, sous-officier dans l’armée, qui confondait sa vie professionnelle et sa vie familiale: il était tyrannique dans sa famille. Si un enfant s’avisait de parler à table, il recevait comme punition trois jours de pain sec et d’eau pour tout repas, dans sa chambre à l’écart de ses frères et sœurs.

Corinne hait son père et ne l’a pas revu depuis 10 ans et ne veut pas le revoir ( principe d’évitement).

Elle élève seule sa fille de trois ans et demi. Corinne vient consulter car elle bat sa fille lorsque son autorité est mise au défi, par exemple quand sa fille ne veut pas se faire laver les cheveux. Nous pouvons voir à l’œuvre le syndrome de répétition,

La sous-personnalité de Corinne qui n’est pas intégrée est son parent intérieur.

En haïssant son père, en refusant son passé sans lui donner un sens, elle n’a pas construit une représentation du rôle parental véritable, et elle ne sait pas exercer une autorité parentale non violente.

La haine, la violence se répètent.

Par ailleurs, elle était attirée par des hommes qui se révèlent physiquement et moralement violents après quelques mois (syndrome de répétition).

Lorsqu’une expérience de vie n’est pas intégrée, tôt ou tard, le dragon correspondant sort de la boîte du subconscient et attire tous les personnages, toutes les situations ou maladies qui vont permettre au sujet de vivre une crise. Le chevalier est face à une épreuve.

Le travail en psychothérapie permit à Corinne d’intégrer cette sous-personnalité, le parent normatif défaillant et de faire évoluer le père intérieur en se représentant puis en mettant en actes une autorité parentale non-violente. Ce processus est un véritable pardon : le pardon à soi-même d’avoir répété la maltraitance, le pardon à son père, à l’homme qui eut pour un certain temps la fonction de père, devrais-je dire, ne fut qu’une conséquence.Elle apprit à écouter et à respecter sa fille dans ses besoins et à poser des règles justes.

 

II- Mise en scène de différents archétypes face au dragon

Face au dragon, nous nous positionnons différemment. Selon Carol Pearsons, psychanalyste jungienne, dans son livre « Le voyage du Héros », nous allons mettre en scène différents archétypes, différentes positions:

 

1-L’Innocent

L’Innocent ne sait pas que le dragon existe. L’enfant ne sait pas que les crises existent.

Lumières : pureté, fraîcheur, le monde est un terrain de jeu bienveillant…

Ombres : naïveté, déni, angélisme…

 

2- L’Orphelin

L’Orphelin n’a plus la sécurité douillette des parents, du monde de l’enfance.

Lumières : Il devient conscient de l’existence du dragon, de l’existence de la maladie, de la souffrance, des crises de la vie. Il s’expose au monde. Dans la tradition amérindienne, c’est un jeune adolescent qui pour la première fois va passer un cycle de lune seul dans la forêt.

Ombres : Il a tendance à se sentir seul au monde. Il recherche souvent des mères ou des pères de compensation afin de retrouver la fausse unité ou l’unité régressive qu’il a connu dans l’enfance. Il vit dans la peur.

 

3- Le Martyr

Le Martyr est terrassé par le dragon. Il souffre de la crise. Il est abattu, knock-out et semble sans ressources.

Lumières : il vit la crise. Il rencontre le dragon. Il prend conscience que les forces dont il dispose sont insuffisantes pour décrocher la victoire. Il a besoin d’aide. L’éveil de l’homme n’est pas seulement le résultat de sa propre volonté mais aussi celui de la coopération avec d’autres hiérarchies créatrices. Une voie peut s’ouvrir à lui. S’il vit la souffrance, la crise honnêtement et sans misérabilisme, il attire la compassion de la vie. Dans son aspect le plus élevé, le plus rare aussi, il est prêt à donner sa vie pour une cause servant le Bien Commun.

Ombres : il se plaint continuellement et décline une identité de sa misère. Il attire à lui des faux sauveurs. Il se plait à vivre dans la dépendance vis-à-vis d’une personne ou d’un mouvement représentant pour lui un pouvoir de sécurisation. Il connaît la dépression et peut être tenté par le suicide. Il est prêt à donner sa vie pour une cause fanatique.

 

4- Le Vagabond

Le vagabond part en recherche d’autres ressources. Il fuit les dragons.

Lumières : il a conscience qu’il a besoin de faire une pause, de se ressourcer. Il voyage pour sortir de

« l’espace-problème ». Il s’ouvre au monde et aux sources d’inspiration que celui-ci peut lui procurer.

Il peut commencer une psychothérapie, participer à des stages de développement personnel ou à des formations. Il peut trouver dans des lectures un enseignement spirituel ou rencontrer un guide, un instructeur.

Ombres :  « Plus jamais cela ! Plus jamais, je ne m’exposerai à une telle vulnérabilité, face au dragon ». Le vagabond fuit toute situation qui peut l’exposer au danger. Il fuit l’engagement, la relation intime qui est le lieu par excellence où l’on rencontre des dragons. Il choisit soit d’être seul, soit de vivre une multiplicité de  relations. S’il voit l’ombre de la queue d’un dragon, il fuit. Sous prétexte de tranquillité, de simplicité, il a, en fait, peur des confrontations (qu’il appelle complications) et s’aménage plusieurs portes de sortie ou plusieurs roues de secours. Nomade, il va d’expérience en expérience, manipulé par le plaisir pour le plaisir. Le vagabond recherche ce qui est agréable et fuit ce qui est désagréable.

 

5. Le Guerrier

Le Guerrier est courageux. Le Guerrier confronte. Le Guerrier a des armes. Il cherche les dragons, les débusque, il se bat, il sort souvent victorieux de la bataille. Mais où est le véritable combat, et qui se bat ?

Lumières : le Guerrier se révèle dans le conflit. Il sait que les épreuves de la vie sont là pour être vécues, qu’en osant confronter, on en ressort plus noble, plus fort. Il appelle un chat, un chat et un dragon , une épreuve de la vie qui peut lui permettre de se révéler à lui-même. Le principe de réalité est bien présent pour le guerrier, il mesure ses forces, il connaît ses faiblesses, il s’engage en connaissance de cause. Il ne laisse pas pourrir des situations non-résolues, il prend les devants par son attitude pro-active et les complète. Le plus souvent, il traite les situations en temps réel. Ainsi, il libère l’énergie. Il est très conscient de son potentiel énergétique. Il aime et pratique l’exercice du pouvoir du moment présent.

Ombres : l’ombre essentielle du Guerrier est liée à un manque de discernement quant aux véritables enjeux de la confrontation : il a tendance à diaboliser son adversaire. L’ennemi, c’est l’axe du mal.

Il oublie que tout conflit extérieur n’est que l’expression d’une crise qui se vit essentiellement sur les plans intérieurs. Donc, que l’ennemi qu’il veut détruire révèle une partie de lui-même qu’il a à reconnaître, à transformer, à intégrer.

 

6- Le Magicien

Lumières : le Magicien est présent dans la rencontre du plus haut et du plus bas. Il est éveillé simultanément aux réalités intérieure et extérieure. Il est conscient de la relation qui existe entre les deux.

Les dragons sont des occasions pour évoluer. Il vit au coeur de chacun des archétypes précédents, il est la lumière de l’Innocent, de l’Orphelin, du Martyre, du Vagabond, du Guerrier.

Ombres : on rencontre son ombre dans certaines voies de développement personnel qui sont affectées par le mirage de la toute-puissance : toute difficulté, tout état négatif peut être transformé par une technique, par une pensée. La méthode, la technique devient toute puissante au détriment du sujet, du soi, du sens profond des expériences de vie. En voulant trop vite transformer ou manifester, le plus souvent pour des fins égoïstes, le magicien reste à la superficie des choses ou manque de respect vis-à-vis de l’être et de la vie dans sa globalité.

Bien qu’il y ait un chemin de l’Innocent au Magicien, chacun de ces six archétypes a ses ressources, sa sagesse propre suivant la période et le cycle de vie dans lequel nous nous trouvons. Nous pouvons symboliser l’évolution comme une flèche, comme un cercle ou mieux encore comme la synthèse des deux : l’hélicoïde. Ainsi, à chaque tour de spirale, nous découvrons des aspects plus élevés de l’Innocent au Magicien.

Bien qu’il y ait un chemin de l’Innocent au Magicien, chacun de ces six archétypes a ses ressources, sa sagesse propre suivant la période et le cycle de vie dans lequel nous nous trouvons. Nous pouvons symboliser l’évolution comme une flèche, comme un cercle ou mieux encore comme la synthèse des deux : l’hélicoïde. Ainsi, à chaque tour de spirale, nous découvrons des aspects plus élevés de l’Innocent au Magicien :

Le Magicien au cœur de l’Innocent : il est la fraîcheur de l’Innocent intégré à la sagesse, incarnant la parole du Christ : « à moins que vous ne redeveniez comme de petits enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume de Dieu » ou ce que l’on appelle dans le Zen, « l’esprit du débutant ».

 

Le Magicien au cœur de l’Orphelin : il a intégré la solitude de l’Orphelin dans son harmonique supérieure : l’unité isolée.

Dans l’ « unité isolée » : « le disciple trouve un point focal en lui-même, individu séparé, pleinement conscient, connaissant son passé, conscient maintenant de ce qu’il est et du pouvoir qui le conditionne, centré en sa propre aspiration et cependant partie intégrante du grand tout.

A partir de ce moment-là, il sait que rien n’existe hors la divinité ; il l’apprend par la révélation de la

séparativité inhérente à la vie de la forme, par le processus de libération entraînant la fusion dans l’unité ».

 

Le Magicien au cœur du Martyre : il est la loi de sacrifice au cœur du Martyre : le sacrifice est l’impulsion de donner, la mort de ce qui est inférieur de manière à libérer ce qui est plus élevé, ou bien, le sacrifice de sa propre liberté de façon  à permettre l’évolution ou à libérer ce qui est inférieur.

 

Le Magicien au cœur du Vagabond : Au cœur du Vagabond, il reconnaît que l’univers est un réseau vivant, conscient, intelligent et établit des relations avec des systèmes plus larges.

 

Le Magicien au cœur du Guerrier :Lorsque que le disciple et le Maître intérieur,le Guerrier et le Magicien, sont manifestement un, alors se produit  « le jaillissement de la lumière de victoire », victoire qui n’inflige pas de défaite à ceux qui se battent mais qui résulte de la triple victoire remportée par les deux côtés et par Celui Qui se trouve au centre.

 

. Le Magicien est l’accomplissement et la synthèse des cinq autres archétypes.

 Ayant reconnu, transformé, intégré l’ombre, il a peu besoin de se battre ou plutôt, quand il doit se battre, il livre la bataille au bon endroit car il est présent au monde des causes. Et c’est dans ce monde qu’a lieu la victoire. En fait, il utilise l’ombre pour servir l’évolution et la vie.

 

Marc Scialom